Mole | Un outil de maintenance efficace… à manier toujours avec précaution
Dans les commentaires faisant suite à l’article que j’ai publié la semaine dernière, Les Données système, les purger soi-même ou recourir à un outil dédié ?, un lecteur a glissé le nom d’un outil dont je n’ai pas parlé : Mole.
Si j’avais bien entendu lu quelques posts sur Reddit à son sujet, je ne l’avais pas installé. Je ne suis pas habitué aux outils en ligne de commande. Je suis né à l’informatique avec un premier Mac, en 1985, j’ai beaucoup de mal à passer outre l’interface graphique et visuelle. Cette petite relance a tout de même aiguisé ma curiosité ce week-end, et j’ai décidé de « me faire violence »…
Plongée dans les entrailles de macOS
Mole est le nom anglais d’un animal qu’on nomme taupe dans notre bonne vieille Gaule. Un bon choix, puisque l’application a pour charge de pénétrer le système macOS, d’en excaver les couches profondes et de rejeter les résidus et autres éléments qui l’encrassent.
Mole est proposé par un certain tw93. En constant développement, il est distribué sur le modèle open source MIT. Mole n’est accessible que dans l’espace du Terminal dont il exploite la ligne de commande. Je l’ai testé sur mon MacBook Air Apple Silicon M2 ; il fonctionne aussi sur Mac Intel.
J’ai lu quelques articles qui lui tressent des louanges, assurant qu’il détecte des choses qu’aucun autre outil ne trouve… Je serai plus mesuré.
En fait, selon les tests que j’ai réalisés, Mole et les autres trouvent grosso modo les mêmes choses à nettoyer, pour à peu près les mêmes volumes de données supprimées.
Je connais bien quatre outils que j’utilise régulièrement : CleanMyMac, MacCleaner Pro, TrashMe et TrashPanda. Chacun a sa personnalité, un panel de fonctions et d’outils intégrés différents, donne in fine des résultats très similaires.
Je ne saurais donc dire que Mole est meilleur. Il est certainement plus léger, il fait le travail, et on peut lui faire confiance.
Mais attention, avec lui, comme avec les autres, il reste essentiel de faire très attention à ce que l’on choisit de faire, à ce que l’on active… Cette attention en éveil, pour moi essentielle, fait que je préfère utiliser TrashPanda que Mole – même si je le conserverai à l’avenir sur mon Mac et que je le mettrai régulièrement à jour, pour poursuivre dans les mois à venir ce travail de comparaison.
Une interface texte, sommaire, mais interactive
Si Mole n’a pas une interface graphique et visuelle, il présente toutefois une interface interactive. En effet, même s’il fonctionne de façon largement automatisée, il lui arrive de poser des questions à son utilisateur, qui doit simplement répondre par oui, non ou simplement passer. Pour faciliter les choses, la plupart des interactions passent par l’utilisation des touches fléchées du clavier, la touche [entrée] ou l’appui d’une touche chiffrée.
Il faut noter que Mole a été plus spécialement conçu pour les développeurs et les créateurs professionnels, en tous domaines, que pour le commun des utilisateurs Mac ; il s’intéresse donc tout particulièrement aux milliers de fichiers qui composent les outils de développement et de création divers, ainsi qu’aux milliers d’autres fichiers que ces outils génèrent localement, dans des endroits habituellement inaccessibles (même en explorant les dédales de la Bibliothèque, par exemple).
Cependant, il s’attaque aux mêmes emplacements que d’autres outils visent également : les caches, les journaux et les fichiers temporaires, que ce soit du Système ou des applications de l’utilisateur. Son désinstalleur d’applications intégré examine plus de vingt emplacements avec pour objectif de supprimer tous les résidus : préférences, fichiers de support, extensions et configurations système. Là encore, ce n’est pas très original. L’outil d’analyse interactive du disque n’offre à mon avis rien d’autre que ce que des dizaines d’utilitaires proposent déjà : une plongée dans le système de fichiers pour détecter les fichiers les plus gourmands. Il le fait « visuellement » mais on navigue avec les touches fléchées du clavier, pas à la souris ni au trackpad, ce qui n’est pas – pour moi – pratique du tout.
Comme TrashPanda, il propose un mode aperçu (l’option —dry-run) qui permet de prévisualiser ce qui va se passer une fois qu’on lui aura donné le OK.
C’est donc un outil plutôt complet qui nous est proposé. Voyons concrètement comment l’installer et comment s’en servir…
Installer et faire connaissance avec Mole
Installer Mole ne se fait évidemment pas de la même façon que pour une application Mac standard. L’outil n’est pas livré sous la forme d’un package dans une image disque, par exemple.
Non, il faut passer par le Terminal.
Soit vous copiez-coller ce script :
curl -fsSL https://raw.githubusercontent.com/tw93/mole/main/install.sh | bash
soit, si vous avez déjà Homebrew, vous passez par une commande brew :
brew install mole
Ce n’est ni plus compliqué ni plus simple, l’avantage de Homebrew c’est qu’il vous servira sans doute d’autres fois pour installer d’autres applications.
Une fois que Mole est installé, on interagit avec lui en utilisant une batterie de commandes qui toutes commencent par : « mo [espace] ».
Par exemple, on peut déjà vérifier quelle version est installée en tapant mo —version (s’il s’agit de deux – à la suite l’un de l’autre, bien que le rendu typographique puisse être trompeur hors du Terminal ; il ne s’agit pas d’un tiret long, mais bien de deux tirets simples).
On peut aussi intégrer Mole aux deux lanceurs multifonctions Raycast et Alfred, c’est expliqué sur la page GitHub.
Dans les premiers temps, tant que vous ne connaissez pas bien toutes les possibilités de l’outil, évitez de lancer des commandes qui affectent directement votre stockage. Exploitez systématiquement la possibilité du mode « test » pour prévisualiser le résultat des opérations, en utilisant l’option –dry-run.
Quand vous serez en confiance, vous pourrez aussi utiliser Touch ID afin de court-circuiter la commande sudo qui est nécessaire pour de nombreuses opérations : la commande mo touchid vous permet d’agir en tant qu’administrateur, même si vous n’êtes pas dans un compte macOS administrateur mais standard. Cela vous évitera d’avoir à taper souvent votre mot de passe.
Il existe plus de vingt commandes mo listées sur la page d’accueil du projet sur GitHub et sur l’accueil de l’application dans le Terminal.
Quelques exemples d’utilisation pratique
Dans la fenêtre du terminal ouverte, tapez mo pour afficher l’écran avec le menu interactif de Mole qui offre cinq possibilités, numérotées de 1 à 5. Il suffit soit de se déplacer avec une touche fléchée, puis frapper [entrée] pour confirmer son choix, ou bien de taper directement un des chiffres (pas la peine de faire [entrée] dans ce cas).
La touche [esc] permet de revenir sur le menu principal, quand on est passé dans l’écran d’une fonction donnée.
On peut aussi ne pas utiliser ces raccourcis et taper directement une des nombreuses commandes mo, une fois que l’on est habitué. Je vous recommande même de le faire dès le départ en ajoutant, comme indiqué déjà, l’option de prévisualisation à la commande mo clean : au lieu de faire mo clean, vous faites mo clean —dry-run (il y a, là aussi, deux tirets).
Si l’utilisation n°1 de Mole est le nettoyage, en préalable, on peut commencer avec l’analyse du disque avec la commande mo analyze.
Elle offre, sous la forme d’un graphique en barres horizontales, une vue principale de l’occupation du support. Là encore, utilisez les touches fléchées pour vous déplacer d’un volume à un autre et la touche [entrée] pour descendre dans un volume choisi, tandis que [esc] renvoie au menu primordial.

C’est assez similaire au mode d’affiche en liste du Finder, mais ici, tout se fait au clavier. Pour quelqu’un comme moi qui n’utilise le clavier que pour écrire et fais tout le reste à la souris, ce système s’avère plus laborieux que l’interface de GrandPerspective, mon outil préféré d’exploration des stockages.
Nettoyage en profondeur
Cette analyse faite, on peut passer aux choses sérieuses. La commande mo clean est une fonction très puissante, à ne pas manier à la légère, même si le développeur dit avoir mis en œuvre de nombreux garde-fous – l’outil protège certains chemins d’accès pour éviter toute suppression indésirable de fichiers importants. Il est possible de protéger d’autres chemins qu’on définit soi-même, qui correspondent à des emplacements que l’on connait bien et qu’on veut exclure. Par exemple, pour protéger des modèles de langage qui auraient été installés par des applications dans des endroits exotiques ou en tout cas pas orthodoxes. Vous accédez à la liste des chemins protégés à l’aide de la commande mo clean —whitetlist (liste blanche).
Prévisualisez les résultats avant de taper à nouveau mo clean pour effectuer en vrai le nettoyage.

Contrairement au conseil que je viens de vous donner, je ne suis pas passé par le mode test. Mole a donc mené à bien un nettoyage complet. Cela fait déjà deux jours que cela a eu lieu et je n’ai rencontré aucun problème dans mon usage du Mac.

Pendant qu’il travaille, Mole peut se mettre en pause en attente de l’utilisateur qui doit répondre à une question, Mole ne prenant pas de lui-même certaines décisions. Par exemple, quand il trouve des snapshots locaux de Time Machine, c’est à vous de dire que vous acceptez la suppression ou l’inviter à poursuivre son inspection.
Désinstallation et autres commandes
Mole propose aussi un système de désinstallation via la commande mo uninstall. ll affiche la liste à partir de laquelle on choisit une ou plusieurs applications à supprimer ; elle indique leur poids et la date de dernière ouverture. À l’aide des touches fléchées, on se déplace pour sélectionner les apps ; on coche la case en regard de chacune.
J’ai actuellement 458 applications dans le dossier Applications principal de mon Mac : Mole a mis beaucoup de temps à les recenser. Il en a même trouvé 498 en tout, car il y en a ailleurs. Je ne comprenais pas ce qui se passait. C’est aussi long dans CleanMyMac ou MacCleaner Pro, mais leurs interfaces graphiques renvoient une animation ; ici, ce sont des lignes cabalistiques qui s’affichent. Personnellement, je n’utiliserai pas cette fonction. Je continuerai à désinstaller ce que je teste et qui est devenu inutile, au cas par cas, avec les outils de désinstallation de Raycast qui, je le suppose, s’appuient peu ou prou sur les mêmes mécanismes.
La commande mo status permet d’obtenir un bilan de la santé du système, avec de petits graphiques mis à jour en temps réel, tandis qu’un chat se promène tranquillement en haut de la fenêtre…
Il y a encore d’autres commandes que je vous laisse découvrir par vous-même. Dans cet esprit, je vous suggère vivement de passer un peu de temps dans la page GitHub de Mole où les plus importantes fonctions sont expliquées (en anglais), et de les tester en même temps, pas à pas, avec la fenêtre de Terminal et Mole ouverts parallèlement – et le plus possible, les premiers temps, en mode test afin de prévisualiser les résultats des opérations. Comme je le disais dans mon article précédent, référencé plus haut, il faut y aller progressivement. Mole étant en plein développement, il convient de le mettre à jour régulièrement ; utilisez pour ce faire la commande mo update.
Alors, ai-je adopté Mole ?
Mole s’est révélé être plutôt simple à utiliser, car, même s’il n’a pas d’interface graphique, il présente des écrans structurés, des sortes de menus… et il faudrait peu pour l’habiller « à la Mac ». Sans doute serait-il alors bien moins léger qu’il ne l’est aujourd’hui. Mais pourquoi ne pas envisager une version « visuelle » ?
Mole a le gros avantage d’être gratuit (quelques sous pour un bon Coca glacé sont appréciés du développeur). Il n’a pas mis à mal mon MacBook Air…
Alors, si ce type d’interface utilisateur ne vous rebute pas, essayez-le. Si vous avez eu une mauvaise expérience avec des outils de nettoyage dotés d’une interface utilisateur graphique, c’est que vous n’êtes simplement pas très à l’aise avec eux, et utiliser Mole à la place ne vous aidera en rien – ce pourrait être pire.
TrashPanda offre grosso modo les mêmes fonctions, avec le même sérieux, la même précision – y compris un mode test pour prévisualiser les résultats. En revanche, il s’habille d’une interface utilisateur que je trouve plus engageante que l’aridité de Mole.
Dans le même ordre d’esprit, mais avec une approche plus conviviale, je vous conseille tout aussi bien TrashPanda, dont je vous ai parlé il y a quelques semaines : il est très semblable à Mole de par ses fonctionnalités, son souci de précision presque chirurgicale, mais il se pare d’une interface non seulement agréable, mais également efficace, qui nous guide pas à pas – un petit côté pédagogique dont Mole est totalement dépourvu. ✿









Bonjour cela me fait penser à Apple jack du temps jadis . Encore merci
Pour ceux qui ne comprennent pas la référence > https://applejack.sourceforge.io/ et https://www.engadget.com/2005-12-05-applejack-the-best-mac-os-x-troubleshooting-tool.html
C’est toujours dangereux, ces outils en ligne de commande, même si l’on comprend parfaitement ce que l’on fait, car, en cas d’erreur, ou de faute de frappe, les effets peuvent être sans remède. C’est pourquoi la fonction « aperçu » est bienvenue.
Et c’est vrai qu’un interface graphique n’est pas si loin que ça à produire : mais attention, ça peut rassurer à bon compte, les effets restant toujours sans recours.
Ce qui manque à tous ces outils, c’est, en plus de la fonction « aperçu », une fonction retour en arrière, ce qui suppose une mise en cache des effacements avant de les effectuer mais affecte clairement la lourdeur de programmation le volume de l’application, avec l’interface graphique. Mais, alors là, ça deviendrait un incontournable, non ?
Merci pour ce test, qui comme toujours va loin dans les détails.
c’est amusant comme les ressentis sont différents, j’ai également acheter TrashPanda (principalement pour soutenir le dev), mais je ne m’y retrouve pas. Je l’ai lancé 3 fois, une pendant la phase bêta, deux autres depuis et n’ai rien fait avec !
Cela dit, je suis bien conscient que mole n’est pas à mettre dans toutes les mains. J’ai eu quelques surprises avec et ne milite pas du tout pour son usage. Je suis aussi dans une démarche de remplacement de mes logiciels par de l’open source quand c’est possible, pour réduire ma dépendance. C’est un peu dans l’air du temps !